A.L.P.

2014-11: une commémoration originale

1914-1918 : La vie à Auxillac comme si vous y étiez !

Les 10 et 11 novembre 2014 resteront dans la mémoire des Auxillacois comme deux jours d’intense communion avec les auxillacois d’il y a 100 ans, les hommes tués au front et surtout les femmes et les enfants restés au village. Moments d’intense émotion qu’ont fait vivre aux participants au spectacle écrit par Guy Lévèque les comédiens de la compagnie « la faute à Voltaire ». Spectacle alternant l’annonce froide de chaque « mort pour la France » par Bernard Granjean et la lecture de lettres du curé, de l’instituteur, d’une religieuse, de simples paysannes, séquences entrecoupées par l’accordéon de Lore Puech, équilibre parfait qui plongeait l’assistance dans la vie des Auxillacois de l’époque comme s’ils la vivaient tous ensemble !

Cette vie c’était d’abord celle des femmes restées au village. Pour ces femmes courageuses, la guerre c’est le travail, son travail habituel de femme et de mère mais aussi le rude travail des champs, celui pour lequel, dès le 7 août 1914, le président du conseil lui même avait lancé un appel demandant aux femmes d’aller faucher ! A ce travail épuisant s’ajoute l’angoisse permanente, l’attente,« l’attente d’un mari, d’un fils, d’un frère, d’un fiancé ou tout simplement d’un voisin…une attente insupportable plombée par le doute et la peur… la peur des messages de malheur, la peur du facteur, la peur du gendarme, la peur du maire et du curé,  la peur des cauchemars qui peuplent les nuits interminables », le manque « manque de l’autre, d’amour, de tendresse, de temps, de nourriture, d’argent, de tout .. ».

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2014-04: Montaigne à l’Association des Lozériens de Paris

Vendredi 11 avril 2014, à partir de 20h, chez Patrick BRASSAC au « Transit », c’est à l’initiative du pdt de l’Association des Lozériens de Paris, Jean-Pierre BONICEL, que Claude JANCENELLE, aveyronnais
d’adoption, responsable de la Mutuelle ViaSanté à Paris et passionné par l’illustre écrivain, Michel de Montaigne, a tracé un portrait de l’homme et de son œuvre pendant près de deux heures face à une assistance attentive, toute acquise à la pensée du grand humaniste du XVIème siècle.

Après l’introduction de Jean-Pierre BONICEL saluant une trentaine de Lozériens de Paris et remerciant Patrick BRASSAC de son accueil chaleureux tout en expliquant sa rencontre avec le conférencier lors d’une soirée culturelle aveyronnaise, Claude JANCENELLE relata comment s’est créé, à la suite d’un accident de la vie, un  lien très fort avec Michel de MONTAIGNE et ses célèbres  « Essais » de 1200 pages dans « La Pléiade » qui , lus d’abord en vieux français puis en français contemporain, ont réussi d’emblée à s’imposer à lui comme une évidence. Redevenus à « la mode », « Les Essais » écrits en 1580 puis mis à l’index en 1610, sont un chef d’œuvre de la littérature sur lequel se penchent les érudits, notant que MONTAIGNE est un homme moderne qui a mis 20 ans à réaliser en français gascon et non en latin, son œuvre « narcissique » passée au filtre d’une époque troublée par les guerres.

 

Né en 1533 dans une famille noble issue du commerce mais aussi de l’armée, son père, Pierre EYQUEM de MONTAIGNE, ayant guerroyé en Italie, berceau de l’Humanisme et de la Renaissance, Michel de MONTAIGNE a été élevé de façon à la

fois rude et moderne, chez un bûcheron puis à la campagne chez un tuteur précepteur allemand qui ne lui parla qu’en latin durant sa prime enfance. Après des études brillantes quoique un peu houleuses au collège de Bordeaux, MONTAIGNE fit son droit à Toulouse et obtint une charge de parlementaire. Son retour au pays, dans le château familial de Dordogne, après un séjour parisien de deux ans, lui permit de rencontrer deux personnages très importants : Michel de L’HOSPITAL, père du « socialisme au sens moderne et amoureux de la vie » et Etienne de LA BOETIE avec lequel il entretint une amitié exceptionnelle. « Parce que c’était lui, parce que c’était moi », écrivit-il à propos de cette amitié détruite par le décès prématuré de son ami. Hyperactif mais aussi souffrant cruellement de la maladie de la pierre (qui l’emporta en 1592), Michel de MONTAIGNE entreprit de rédiger « l’histoire  de la vie d’un homme ordinaire » : « Les Essais » ; « livre de bonne foi, écrit à des fins domestiques et privées. «  Je suis moi-même la matière de mon livre », disait-il. C’est le premier des essais  « et le plus riche intellectuellement » dans lequel il exprima ses pensées stoïciennes. « On doit vivre avec sa douleur » selon lui.

« Les Essais » remportèrent un succès rapide et furent traduits en plusieurs langues. Entre deux extraits des « Essais » lus avec enthousiasme par le conférencier, l’on parcourut avec MONTAIGNE, comme son livre rédigé  «  à sauts et à gambades » les principales étapes de sa vie et de sa pensée. Furent abordés deux principaux épisodes de sa vie : son voyage en Italie pendant 3 ans pour prendre les bains soignant sa maladie et pour découvrir le monde flamboyant de la Renaissance puis, le sanglant épisode de la Saint-Barthélemy, le 24 août 1572  qui fut déclaré par MONTAIGNE, accusé de retrait, comme « une non journée ». Au milieu d’un état encore féodal et de redoutables guerres civiles et de religion, entre 1572 et 1598, Michel de MONTAIGNE prônait la tolérance. Humaniste et politique à la fois, il fut également jugé pour son attitude face à la peste de Bordeaux alors qu’il était maire de la ville. Il partit pour mieux revenir et réorganiser efficacement sa ville.

Humble et droit, il était aussi précurseur de la thérapie impliquant un travail sur soi-même. « Homme de bonne mesure », il préconisait un « plaisir qui n’entraîne jamais de déplaisir ».

Après la citation de la bibliographie utilisée et les vives félicitations de Jean-Pierre BONICEL et de l’assemblée pour cette remarquable conférence, chaque participant se promit, grâce à la fougue du conférencier porté par son sujet, de lire ou relire « Les Essais » de Michel de MONTAIGNE.

Un dessert savoureux et une boisson servirent d’épilogue convivial à cette belle soirée littéraire de l’Association des Lozériens de Paris.

Josyane Delmas-Bouchard
photos ML

quelques ouvrages:

  1. Les Essais de Michel de Montaigne traduit en français moderne, André Lanly, ed Quarto chez Gallimard, 2009
  2. Les Essais de Michel de Montaigne traduit en français moderne, Guy de Pernon, chez l’auteur, 2008, version électronique sur http://books.google.fr/
  3. Les Essais de Michel de Montaigne traduit en français moderne,Claude Pinganaud, ed. Arlea, 2007

2012-11- Privat VEYRUNES


l’Histoire de Privat Veyrunes fait partie des 250 tableaux de l’exposition au musée,  mairie du Bleymard.

Egalement une rétrospective de « 700 ans d’histoire »  du Bleymard au travers d’une galerie  de  photographies

exposition ouverte toute l’année, aux heures d’ouverture de la mairie, entrée libre.

Appel aux bonnes volontés

Depuis trois ans, Jean-Claude Rouvière, généalogiste amateur, prépare le centenaire de la Première Grande Guerre avec un projet : faire participer des collégiens à un grand livre d’or regroupant les 6000 Lozériens morts au Champ d’Honneur. Dans ce cadre, il recherche des photographies de « Poilus » Morts pour la France et des photographies des plaques commémoratives dans les églises ou temples lozériens. Vous pouvez écrire et envoyer vos documents  à contact@lozeriens-de-paris.com

Un grand MERCI à Jean-Claude qui nous a confié cette histoire et toute notre reconnaissance pour le formidable travail de mémoire collective qu’il accomplit.

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L’HISTOIRE de Privat VEYRUNES

 En cette fin du 19ème siècle, l’exode rural débute en Lozère. La création de l’école républicaine de Jules Ferry, le développement du chemin de fer, la difficulté de faire vivre une grande famille sur des exploitations agricoles trop petites concourent au départ des jeunes générations vers les villes et vers des horizons nouveaux. C’est à cette époque qu’une poignée de Lozériens va répondre à l’appel des services canadiens de l’immigration, partir de leur terre natale pour le vaste Canada et sa province du Manitoba en fondant la ville de Notre-Dame-de-Lourdes.

C’est quelques jours après que la loi institue les lundis de Pâques et de Pentecôte comme jours fériés que naît au Bleymard, le 25 Mars 1886 Privat Veyrunes. Son père, Pierre habite à Saint-Jean du Bleymard et est âgé de 35 ans. Sa mère, Virginie Dubois à 27 ans. Julien Massador « surveillant de chemins », ami de Pierre Veyrunes sera témoin de cette naissance devant le premier magistrat de la ville, Ernest Rouvière. Privat sera appelé à faire son service militaire comme tous les conscrits de 1906. Le tirage au sort, règle de désignation des futurs soldats, n’est plus en vigueur depuis quelques mois. Il sera nommé soldat de première classe le 22 avril 1909, avant de réintégrer la vie civile en septembre 1909.

Au début des années 1910 le rêve d’un avenir meilleur va pousser le jeune Privat Veyrunes à émigrer vers ses « cousins », Lozériens du nouveau monde. Le 22 Janvier 1912, il embarque au Havre sur le navire « Le Sardaigne » de la compagnie Allan Line Steamship qui arrive de Londres pour traverser l’Atlantique.

Après une traversée de 15 jours, le navire accoste les côtes canadiennes le 4 Février 1912 au port de Saint-John dans l’état du Nouveau Brunswick. C’est sur cette même route maritime de l’Atlantique Nord que, deux mois plus tard, dans la nuit du 14 Avril 1912 le Titanic sombrera, faisant 1300 victimes.

Privat Veyrunes va dès lors entamer un périple de plusieurs années à travers les grands espaces canadiens. Dans son voyage vers l’ouest grâce aux chemins de fer de la « Canadian Pacific Railways Compagny’s », il va s’arrêter au Manitoba dans la ville de Notre-Dame-de-Lourdes. Il y retrouvera une quinzaine de familles lozériennes venues de Margeride[1]. Ils étaient partis rejoindre une paroisse créée par un missionnaire de l’église catholique, lointain successeur de Jacques Cartier parti en 1535 de Saint-Malo pour découvrir le Canada.

Privat Veyrunes ne fit qu’une halte à Notre-Dame-de-Lourdes. Il prolongea son voyage et s’enfonça plus avant vers les grands espaces de l’Ouest canadien. Il parvint jusqu’à la ville de Borrows dans la province du Saskatchewan et s’installa le 29 Octobre 1912 dans la cité dénommée Prince Albert dans cette même province. Le premier conflit mondial rappela Privat Veyrunes en sa terre natale.

Après s’être expatrié au Canada de février 1912 au début de 1914, Privat Veyrunes rentrera dans son pays natal pour remplir son devoir patriotique face à l’invasion de la France par l’empire allemand.

C’est dans les rangs du 81e Régiment d’Infanterie que Privat Veyrunes sera incorporé. Le 5 août 1914, sur le quai de la gare de Montpellier, le colonel Aubert, chef de corps fera jouer la marche « Alsace Lorraine » pour le départ au front du régiment.

Après divers combats en Lorraine, Privat Veyrunes sera tué  le 23 Novembre 1914 à l’âge de 28 ans à Zillebecke en Belgique. Il fut inscrit sur le Monument aux Morts sous le prénom de Urbain.

Jean-Claude Rouvière

 

 Source : – registres matriculaires- AD Mende (48)
 - Registre Etait-Civil – AD Mende (48)
             – « Journal des Marches et Opérations » du 81e régiment d’infanterie,
                site « mémoire des hommes » Cote 26 N 664/10-        http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/spip.php?article59

 

 


[1] « Poussés par la misère » Jean Rozière, éd. Maison Diocésaine à Mende

 voir l’article « les visiteurs du Nouveau Monde » sur le site des Lozériens-de-Paris à l’adresse ci-après :  http://www.lozeriens-de-paris.com/?p=2529

2012-11 figures lozériennes (suite)

Lors de la rencontre l’Estivale à Aumont-Aubrac, Jean-Paul MAZOT  «  grand mémorialiste de l’histoire lozérienne  »  a bien voulu  nous confier quelques portraits lozériens. Après Odilon Barot et Léon Boyer, voici le portrait de deux militaires
Ainsi se poursuit  le feuilleton  : « Les personnalités du XIXème siècle d’origine lozérienne » Qu’il en soit ici remercié  

Marie Luxembourg

AURELLE de PALADINES Louis d’ (1804-1877)

Singulière carrière que celle de Louis d’Aurelle de Paladines, originaire du Malzieu, sorti de Saint-Cyr en 1824 sans avoir obtenu de grade suite à une insubordination ! Le Malzévien doit s’engager comme simple soldat et franchir tous les grades de la hiérarchie militaire !

Favorable au Prince Napoléon, le voici général de brigade une quinzaine de jours seulement après le coup d’État du 2 décembre 1851 puis général de division pendant la guerre de Crimée. Moins en cour à la fin du Second Empire, il avait fait valoir ses droits à la retraite en 1870.

Coup de théâtre ! C’est alors que Gambetta songe à lui. Il le rappelle alors que la France et la Prusse sont entrées en guerre. Paladines a le mérite de réaliser la cohésion d’éléments disparates, de leur insuffler l’énergie et le dynamisme que l’âge n’a pu affecter chez lui : l’Armée de la Loire est née. Le 9 novembre 1870, il remporte sur les Prussiens la bataille de Coulmiers : le général von der Tann est obligé d’évacuer Orléans. Le commandant Léonce Rousset, professeur à l’École de Guerre, a pu écrire que Coulmiers est « le seul succès véritablement incontesté des armes françaises dans cette guerre ». Tous les journaux d’époque encensèrent Aurelle de Paladines. Théodore de Bainville lui consacra même un poème dithyrambique.

Par la suite les vents tournèrent. Obligé d’évacuer Orléans, vaincu à Patay, Paladines apprend que le ministre de la Guerre, Georges Gambetta, vient de dissoudre le commandement de l’Armée de la Loire. Sanction injuste qui ne trouva qu’une faible compensation par les distinctions et les honneurs qui lui furent concédés ultérieurement. Ainsi, au Panthéon, à Paris, à l’entrée de la crypte des grands hommes, une plaque de marbre, apposée sous l’urne de porphyre contenant le cœur de Gambetta, rend hommage au courage des généraux Aurelle de Paladines et Chanzy durant la guerre de 1870.

 Charles du PONT de LIGONNÈS (1845-1925)

Fils d’Édouard de Ligonnès et de Sophie de Lamartine, sœur du grand poète romantique, Charles de Ligonnès né à Mende le 3 octobre 1845, connut un étonnant destin.

Après des études au collège de Mende et deux années de rhétorique et de philosophie  à Paris, couronnées par l’obtention du baccalauréat, il revint en Lozère en 1866.

En 1868, ayant hérité de son oncle, le comte de Larochenégly, le domaine de Booz, il sera élu, deux années plus tard au Conseil municipal d’Auxillac. Sans cesse réélu jusqu’à sa mort, par conséquent plus d’un demi-siècle durant, il assurera à plusieurs reprises, et la dernière fois de 1908 à 1925,  les fonctions de maire.

En 1870, il se fait incorporer comme sous-lieutenant dans le bataillon des Mobiles lozériens. De Châlons-sur-Saône il écrit à sa famille : « Je connais maintenant la musique des balles ».  Le 22 janvier 1871, il est promu capitaine et partagera les conditions extrêmement pénibles des Mobiles lozériens prisonniers en Suisse.

De retour à la vie civile, on le pousse dans la politique : aux Législatives de 1876, il est battu à Mende par le candidat républicain Xavier Bourrillon.

La vocation religieuse, qui sommeillait en lui, se réveille. Fin 1876, il part faire son séminaire à Rome. L’année suivante il est ordonné prêtre. Il poursuit ses études et obtient les grades de Docteur en Théologie et en Droit Canon.

De retour à Mende, le Père de Ligonnès est nommé missionnaire diocésain. En 1880, il professe au grand séminaire et l’année suivante il devint le supérieur d’une institution qui connaissait son âge d’or. Le Père de Ligonnès décide d’abandonner les locaux peu salubres du Vieux collège pour des bâtiments élevés sur le versant de Chaldecoste. Le nouveau séminaire , construit grâce aux sommes importantes prélevées sur sa fortune personnelle, put accueillir jusqu’à 175 élèves.

Jouissant d’une aura considérable, le supérieur du grand séminaire de Mende était « la conscience du diocèse ». Nul ne fut étonné que,  le 25 février 1906, il fut consacré évêque par le pape Pie X dans la basilique Saint-Pierre de Rome et chargé du diocèse de Rodez et de Vabres dans lequel il connut des situations particulièrement délicates à gérer au moment des Inventaires. Réputé pour son humilité, son idéal de justice, sa bonté, Mgr de Ligonnès laissa dans ce diocèse un souvenir impérissable.

Diminué physiquement depuis une dizaine d’années, il disparaissait le 5 février 1925. Ses funérailles furent célébrées dans la capitale du Rouergue, suivies par une foule considérable. Il fut inhumé dans la cathédrale de Rodez.

 

2012-10 figures lozériennes

Lors de la rencontre l’Estivale à Aumont-Aubrac, Jean-Paul MAZOT  «  grand mémorialiste de l’histoire lozérienne  »  captiva son auditoire avec un sujet interpellant chacun de nous qu’il soit Lozérien d’ici ou d’ailleurs.

Pour tous ceux qui n’ont pu assister à cette conférence, Jean-Paul Mazot a bien voulu nous la confier . Ainsi commence le feuilleton  : « Les personnalités du XIXème siècle d’origine lozérienne » Qu’il en soit ici remercié  

Odilon BARROT (1791-1873)

Le berceau familial se situait depuis le XVIe siècle au château de Planchamp près de Villefort où il naquit le 19 juillet 1791.
Enfant, il avait été marqué par la journée du 13 vendémiaire de l’an IV (5 octobre 1795) où Bonaparte avait écrasé les royalistes parisiens à Saint-Roch, sous ses fenêtres. Cela explique, sans doute, l’horreur de Barrot pour l’illégalité, le désordre et la violence révolutionnaire.

Barrot, hostile au Bonapartisme, attaché à son idéal de monarchie constitutionnelle, avait embrassé la politique à 30 ans. Chef de la « gauche dynastique », c’était lui l’organisateur des banquets qui déboucheront sur la Révolution de 1848. Ne parvenant pas à sauver la dynastie, il se ralliera, bon gré mal gré, à la République.

Alors qu’on avait déjà avancé son nom pour figurer dans le dernier gouvernement du roi Louis-Philippe, Odilon Barrot est appelé par Louis-Napoléon au lendemain de l’élection du 10 décembre 1848. Il dirige donc le gouvernement en ayant le portefeuille de la Justice et continue à siéger à l’Assemblée jusqu’au 2 décembre 1851.

Ses convictions libérales, incompatibles avec le pouvoir autoritaire qui se profile, sonnent le glas de sa carrière politique, quasiment terminée, même si son vieil ami et collègue parlementaire, Adolphe Thiers, le nommera le 4 septembre 1871 à la tête du Conseil d’État.
Parallèlement à ses activités politiques, Odilon Barrot se consacra à la rédaction d’ouvrages de réflexion juridique dans lesquels, dans la lignée d’un Tocqueville, il affirmait son hostilité à la centralisation.
Ayant hérité de son père, Jean-André Barrot, l’amour de son pays natal, Odilon Barrot exprima le souhait qu’après sa mort, survenue en 1873, son cœur soit déposé à Planchamp, dans la chapelle Sainte-Madeleine.
Odilon Barrot reste d’actualité : L’Académie des Sciences morales et politiques, à laquelle il appartenait, décerne annuellement un prix Odilon-Barrot.

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Léon BOYER (1851-1886) 

Son père était notaire à Florac et il avait été maire de la ville. Léon naquit le 23 février 1851 dans cette famille bourgeoise.

Il entre à l’école Polytechnique à 18 ans puis participe à la guerre de 1870 comme sous- lieutenant. En 1872, il est admis à l’Ecole des Ponts et Chaussées d’où il sort, deux ans plus tard, avec le grade « d’ingénieur ordinaire de 3e classe. »
Après un passage à Alençon, Boyer demande une affectation pour Marvejols car on construisait la ligne de chemin de fer Marvejols-Neussargues. Son idée de franchir la Truyère aussi haut que possible par un viaduc métallique, en prenant comme modèle le pont Maria Pia, jeté sur le Douro, à Porto, s’impose. Le viaduc de Garabit permettait une économie de 3 millions de francs-or sur le projet initial. Il fut construit par Eiffel de 1882 à 1885.         

De 1884 à 1885, Léon Boyer occupa le poste de président de l’Association Lozérienne créée par Théophile Roussel.
Ferdinand de Lesseps chargé de construire le canal de Panama lui propose, en décembre 1885, le poste de Directeur général des travaux. Le Lozérien accepte et fait, le 17 décembre, des adieux émouvants à la colonie lozérienne de Paris en présence des deux sénateurs mais sans aucun député puisque les trois avaient été invalidés.
Les travaux étaient déjà avancés à Panama. Léon Boyer, frappé par la malaria succombait le 1er mai 1886. Ce fut l’un des 4 000 hommes que cette maladie emporta !

Le 20 avril 1890, était inauguré, à Florac, un monument en l’honneur de Léon Boyer.

Jean-Paul Mazot

Voir l’article  http://www.lozeriens-de-paris.com/?p=4547

La suite au prochain numéro…

2012-09 Théophile Roussel, ses découvertes et le monde politique

Lors de notre précédent article, nous avions observer comment Théophile Roussel collectait patiemment des observations sur des malades pour pouvoir faire reconnaître l’existence de la pellagre en France, nous allons désormais étudier dans cet article comment ces découvertes le font entrer dans la tourmente du monde médical, et comment il a dû lutter pour faire reconnaître les portées politiques de ses découvertes.

Nous voyons donc qu’il y a une lutte autour de la paternité de ces découvertes, mais Roussel, face à cette maladie ancienne, fort répandue en Europe et touchant les populations pauvres en appelle à « la sollicitude des médecins et même de l’autorité publique »[1]. Dans sa pensée en effet, le rôle du médecin est de s’appuyer sur l’avancée de « la science du diagnostic »[2] pour comprendre cette maladie, et lorsque ce travail est établi, c’est à l’autorité publique et donc au politique de prendre les mesures nécessaires pour limiter ce fléau. Le médecin se retrouve donc dans une position intermédiaire entre le politique et la société car, relevant, analysant les problèmes des populations, il en fait part au reste du corps médical, qui à travers la médiation de la presse médicale et de l’autorité de l’Académie de médecine, permet de fournir au pouvoir décisionnel et donc  au politique, les éléments scientifiques permettant d’agir contre ses problèmes ou maladies. Il faut noter le courage de Roussel, qui sûr de ses observations, mais n’étant qu’un jeune interne, a participé à remuer le milieu médical français autour de cette question de la pellagre, grâce à la pertinence et au sérieux de son travail et de sa quête inébranlable de la vérité scientifique.

De plus, cet engagement du médecin – à travers une vision politique de son rôle dans la société – et sa grande implication dans le monde médical se développent très tôt chez Roussel, et s’incarnent dans une curiosité précoce et active, c’est-à-dire qui ne se contente pas de connaître, mais qui évalue, juge et réfléchit aux solutions pouvant être apportées : une curiosité critique et politisée. Nous pouvons néanmoins penser qu’il a eu beaucoup de chance, d’une part que le docteur Dubini soit sur place à ce moment-là pour confirmer ses observations, et d’autre part de l’absence de l’interne Bourguignon, qui lui a permis de republier sur ce sujet, et de confirmer lui-même les théories qu’il défendait un an plus tôt, mais la chance de la réussite est bien souvent plus ou moins provoquée. Ainsi, comme nous l’avons évoqué à plusieurs reprises, Roussel de septembre 1841 au début de l’année 1842, effectue de son propre chef[3] un voyage en Italie pour des recherches historiques[4], et pour visiter les monuments de l’Antiquité et de la Renaissance. Cependant il ne se limite pas à cela, et dans chaque ville visitée, et la liste est longue, Florence, Salerne, Ferrare, Rome, Bologne, Parme, Pise, Padoue, Pavie, Turin, il visite les établissements médicaux et se fait une idée de la qualité de chaque service, mais aussi les facultés de médecine où il parle avec les professeurs, les élèves, inspecte les bâtiments, etc[5]. Nous avons vu, que la pellagre, dans ses régions, est endémique, Roussel a donc pu observer de très près et quasi quotidiennement ses problèmes-là : nous pouvons donc dire que Roussel doit le succès de son premier combat, celui de la reconnaissance de l’existence en France, plus à son courage, à sa curiosité et à son engagement dans le monde médical, qu’au hasard des événements.

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2012-08- si le Roc m’était conté

Vous ne me voyez pas ? je suis le grand dyke que l’on voit à l’horizon. Approchez, je vais vous conter un peu de mon histoire, je suis si vieux que vous me pardonnerez d’oublier quelques événements de mon passé. Je suis arrivé ici avec mon frère, Petit Roc, lorsque Vulcain me lança à travers les airs comme une boule de pétanque et j’atterris un peu par hasard sur ce mont qui avait une belle faille en crête. J’en fis mon berceau, m’y lovais et depuis je me plais à regarder l’horizon tout autour. Tout au début, de la terre s’était collée et m empêchait de respirer mais la pluie m’a aidé à me débarbouiller de toute cette boue qui me collait à la peau et aujourd’hui je me redresse de toute ma hauteur parce que je suis fier de mon passé même si par moment j’ai baissé  un peu la tête pour éviter les coups de canon tirés à boulets rouges.
Au début de ma vie, je voyais peu de monde, il fait si froid ici, les hommes restaient plutôt sur les Causses. Parfois certains montèrent pour invoquer les puissances du ciel et de la terre. Puis j’ai vu passer sur la via Agrippa, les cohortes de Romains qui s’en allaient vers Lyon ou Toulouse. Ils marchaient au pas cadencé et je les entendais rire et chanter, et le vent me renvoyait les éclats de leurs disputes dans l’auberge d’Ab Silanum où ils faisaient halte, certains me gravissaient pour venir demander au dieu ailé Mercure de les protéger dans leur voyage. Et puis j’ai ressenti dans mes entrailles les secousses des combats des Goths venus de l’Est, des   Francs mais aucun ne vient jusqu’ici, les quelques amis qui peuplaient la région ne furent inquiétés. Et puis vers l’an 1000, on craignit que le ciel nous tombât sur la tête, des hordes de pèlerins en route pour Saint Jacques passaient à mes pieds, les Chrétiens alors me gravirent pour invoquer un autre Saint ailé : Saint Michel et pendant quelques temps on me nomma le roc de St Michel[1], les ailes m’avaient poussé.

Il est évident que ma position dominante, unique intéressa les seigneurs les plus

puissants de la région que l’on appelait les Peyre. Mon escalade était difficile et l’idée leur vient de construire une forteresse qui s’ancrerait dans mes flancs. Si vous regardez mon côté du midi, la roche y est plus claire et une entaille dans le basalte recèle encore les restes d’un soubassement de 2,50 de d’épaisseur, cela vous donne l’ampleur de la construction qui me couronna et si vous continuez, votre regard accrochera d’autres entailles dans mes flancs, elles supportèrent l’assise des murailles surplombant la falaise abrupte. Et tout en haut le donjon fier et orgueilleux me donnait puissance et autorité. Mon petit frère, le petit rocher fut lui aussi aménagé avec des barbacanes et m’était relié par un pont levis, une échelle que l’on retirait permettait notre accès.

Mon château à peine terminé, je connus la lèpre, la terrible épidémie de peste noire de 1348 suivie d’une famine parce que nous n’avions pas assez de bras pour cultiver la terre.
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2012-06: Le Musée de la Métallurgie à Saint-Chély-d’Apcher

Crée en 1990 par un groupe de retraités passionnés, le musée a ouvert ses portes en 1991. Ces passionnés par leur métier, par leur vie de labeur font revivre une époque révolue, celle des « trains à chaud ». Ils se retrouvent entree musee metaurgiel st chelyrégulièrement pour raconter aux visiteurs l’histoire de leur musée, de leur vie.
L’un des leurs avait vu tant d’outils, de machines et d’objets partir à la casse qu’il a eu envie de les récupérer pour constituer leur musée.
Celui-ci retrace l’histoire de l’établissement, de l’usine, de sa naissance en 1916 à nos jours. Les Aciéries et Forges de Firminy (Loire) participent à l’effort de guerre pour la production de matériel d’armement. Pour ses productions d’aciers spéciaux, la société a de gros besoins en ferro-alliages.

Les techniques sont expliquées avec précision ainsi que la vie des « métallos ». Ce sont souvent les anciens qui animent ce lieu de mémoire en mettant en exergue leur vie. Certains postes dans l ’usine exigeaient courage et force ; certains étaient très rudes et dangereux tels le décollage de tôles laminées par huit.

Par leur patience et leur obstination, ces passionnés ont recueilli une quantité suffisante de pièces pour alimenter le musée : documents, photos anciennes, outils et matériels de toutes les époques, de la simple pioche à la combinaison de protection moderne, voire des machines-outils.

La visite s’articule autour de cinq grands thèmes :

  • Les origines de l’électrométallurgie
  • Les hommes et leurs outils
  • Les événements sociauxmusee-metallurgie tract
  • La fabrication des produits
  • L’usine moderne

C’est la mémoire de l’usine qui est représentée. Par ailleurs, un magnifique ouvrage est paru en 2007 pour les 90 ans. Signalons qu’en 2011, l’usine st devenue le leader mondial pour les aciers électriques haut de gamme utilisés pour les gros alternateurs, l’automobile, le TGV, les éoliennes…

Nous voudrions noter que ce musée tenait beaucoup à cœur à Robert JOLIVET, ancien directeur, décédé fin octobre 2011.
Le musée se visite route de Fournels, à l’ancien hôpital de Saint-Chély d’Apcher.

Roger TICHET

à lire l’article sur l’usine de Saint-Chély http://www.lozeriens-de-paris.com/?p=3907

Roger Tichet dédicacera sa monographie sur les Bessons lors de la journée de l’Estivale à Aumont-Aubrac le 9 août 2012.

2012-05:Henri IV et les femmes

Le 14 mai, rue de la Ferronnerie à Paris, Henri IV était poignardé …le Vert Galant ne survivra pas à ses blessures

Marvejols qui doit tant à ce roi qui aimait tant les femmes lui a rendu hommage lors d’une conférence donnée  par Jean François Deloustal. Il y évoque les rapports entre Henri IV et les femmes.

L’Association des Lozériens de Paris remercie vivement l’auteur qui nous permet de partager un moment privilégié de la vie d’Henri IV.

Henri IV et les femmes

Mère, sœur, épouses, favorites, la vie toute entière du Bon Roi Henri est rythmée, influencée, modelée même par sa relation à la femme, sa relation aux femmes, tant le Roi, insatiable, ne peut se satisfaire du féminin singulier. Quelles qu’elles soient, ces relations sont toujours passionnées, mêlées d’amour et de haine, d’étreintes et d’éclats de voix, de déclarations enflammées et de philippiques écrites au bout d’une plume trempée dans l’acide. « Le temps qu’il ne consacrait pas aux affaires, il le consacrait à l’amour » avait-on l’habitude de dire sous son règne.

A la fois carburant et talon d’Achille, les sentiments ont fait d’Henri IV, un roi dans la lignée des plus grandes figures populaires à l’instar de Saint-Louis, François Ier, Philippe IV Le Bel, Philippe II Auguste, Louis XI ou encore Louis XIV. Au-delà de sa personnalité ô combien complexe et de sa réputation de vert galant, le mythe est bien évidemment scellé le 14 mai 1610, rue de la Ferronnerie, quand un inconnu se jette sur le roi et le poignarde à plusieurs reprises. Henri IV meurt presque sur le coup, à 56 ans, après vingt ans de règne. Mais le roman de sa vie, fait de guerres, d’amour et de haine, était déjà suffisamment épais pour le faire entrer dans la légende sans cette fin tragique.

I/ Mère et soeur : les premières femmes d’Henri

La figure tutélaire, Jeannne d’Albret

La mère d’Henri, Jeanne III d’Albret, est une forte femme. Elle a marqué l’histoire du Béarn et plus largement de notre pays. Elle est à la fois intelligente, vive, passionnée, spontanée et combative. Un lycée à Saint-Germain-en-Laye et un musée à Orthez portent aujourd’hui son nom.
jeanne-albretJeanne est reine de Navarre de 1555 à 1572, royaume où ne s’applique pas la loi salique qui exclut depuis Clovis les femmes du trône. Elle se convertit dès 1560 au protestantisme sous l’influence sans nul doute du prédicateur Théodore de Bèze envoyé de Genève par Calvin.  Dans son royaume, elle autorise le calvinisme et prend une série de mesures visant à favoriser l’expansion de la Réforme. S’ensuivent naturellement de fortes dissensions entre la reine et les catholiques de Navarre. La reine interdit le culte catholique et exclut le clergé.

Il gèle au château de Pau dans la nuit du 12 au 13 décembre 1553, lorsque l’on réveille Henri d’Albret, roi de Navarre, pour l’avertir que sa fille Jeanne est en train d’accoucher. Entrant dans la pièce, Henri d’Albret a, dit-on, encouragé sa fille à chanter une vieille chanson béarnaise, Nouste Dame deu cap deu poun (Notre-Dame du bout du pont), censée lui donner un fils et non pas une fille. On dit alors que si la mère pleure ce sera une fille, si la mère est au contraire stoïque, ce sera un garçon.
Ayant amené l’enfant dans sa chambre, le grand-père aurait frotté les lèvres de son petit-fils avec de l’ail et lui aurait ensuite fait humer une coupe emplie de vin de Jurançon. Voyant l’enfant réagir vivement, il se serait alors écrié : « Tu seras un vrai Béarnais ! ».

Comme son grand-père, l’enfant est prénommé Henri.

La prime enfance d’Henri s’inscrit dans les paysages béarnais de sa famille maternelle. C’est là, dans le château de le-chateau-de-coarrazeCoarraze à Pau, sur les contreforts des Pyrénées, que le petit Henri va passer l’essentiel de sa petite enfance. Il va côtoyer là paysans, domestiques et animaux. Il  forge son attachement viscéral à son pays d’origine et son goût pour la simplicité et le contact humain qui formeront par la suite un de ses traits de caractère légendaire. Seul son rang lui fait quitter ses vertes montagnes pour la capitale.

Une éducation rude donc, faite de simplicité et d’amour pour son territoire. Henri dort peu et fait quantité d’exercices physiques. (Mens sana in corpore sano). Une éducation faite de principes moraux également. Sa mère tente sans succès de l’éloigner d’une trop grande proximité avec les femmes, « ruine de l’âme du corps et de la réputation » selon ses propres mots.

Le 6 mars 1554, le petit Henri est baptisé devant un aréopage de nobles et de souverains.
En guise de berceau, Henri est doté d’une carapace de tortue géante.

Alors que son rang dans la succession ne l’y prédispose pas naturellement, Nostradamus qu’il rencontre lui promet un destin de roi de France et de Navarre.

En 1568, sa mère prend la tête du mouvement protestant et emmène le futur Henri IV alors âgé de 15 ans, à La Rochelle que Jeanne administre dans tous les domaines, à l’exception des affaires militaires. Elle fait par ailleurs le lien avec les princes étrangers alliés. L’éducation du jeune Henri revêt désormais un caractère très appliqué.

Afin d’asseoir les positions familiales, Jeanne d’Albret est à la manœuvre. C’est elle qui entreprend de longues négociations à Paris, pour unir son fils à Marguerite de France, fille Catherine de Médicis. Le mariage doit avoir lieu le 18 août 1572. Mais Jeanne III d’Albret meurt de la tuberculose avant l’union, affaiblie par le mariage de son fils qu’elle voulait parfait et des négociations politiques très âpres. Des rumeurs totalement infondées d’empoisonnement circulent. Elles sont d’ailleurs reprises au siècle des Lumières par Diderot.

Avec la disparition de Jeanne, c’est sans nul doute la femme la plus marquante de la vie d’Henri qui s’éteint, non sans avoir laissé moult recommandations à son fils quant à son avenir, la religion ou les égards qu’il doit prendre envers sa sœur.

Catherine de Bourbon, la sœur du Roi

Toute la famille de Navarre est à Paris en 1572 pour préparer le mariage d’Henri. Nul ne sait encore que la décès de Jeanne va survenir si rapidement. Ce décès laisse Henri et sa sœur Catherine dans le désarroi. Le nouveau roi de Navarre traverse même un épisode dépressif et léthargique et tombe malade.

Mais il y a l’avenir de la famille de Navarre. Le frère et la sœur, plus unis que jamais, s’attachent donc à la finalisation du mariage.catherinebourbon1

Le nez bourbonien, claudicant, la petite Catherine n’est bien sûr pas un canon de beauté mais elle tient pleinement son rang lors du mariage d’Henri. A l’image de sa mère, l’Infante est particulièrement intelligente et déterminée. Sa santé fragile n’altère en rien sa résolution et son volontarisme.

Le mariage de son frère avec la catholique Marguerite de Valois devait symboliser l’union retrouvée des sujets du roi de France. Il devint au contraire le prétexte du massacre de la Saint-Barthélemy, une des journées les plus sombres de l’Histoire de France. Après une série d’escarmouches qui portent la tension à son paroxysme, le massacre intervient. Il a sans doute fait entre 2000 et 3000 victimes. Des huguenots sont massacrés dans plusieurs villes, jusqu’en octobre 1572 à Bordeaux et Toulouse.
C’est un Henri de Navarre impuissant qui assiste aux massacres de ses compagnons venus à Paris pour ses noces. Suite à ces événements tragiques, le frère et la sœur abjurent dans la précipitation et sont contraints de demeurer à la cour, sous surveillance, loin de leurs proches et de leur pays.

Durablement marquée par la personnalité et la ferveur religieuse de sa mère, Catherine demeure, néanmoins en son for intérieur, une protestante très endurcie. A Paris, elle assiste avec effarement aux dépravations quotidiennes de la cour de France. Se laissant aller à ses inclinations, le jeune Henri profite quant à lui de cette souplesse des mœurs.

Après l’évasion de son frère Henri, devenu roi de Navarre, Catherine rejoint le Béarn et renoue avec le protestantisme. Elle devient officiellement régente de Navarre lors des nombreuses absences d’Henri. Très attachée à son frère, Catherine est extrêmement cultivée. Elle ne renierait en rien la devise figurant au-dessus du lit de sa grand-mère Marguerite de Navarre qui, paraphrasant l’Epître de Paul aux Corinthiens, affirme  « Là où est l’esprit, là est la liberté ».
En 1589, son frère devient roi de France sous le nom d’Henri IV. Durant les guerres qui obligent Henri IV à conquérir son royaume, Catherine gouverne le Béarn et ses possessions dans le sud-est en son nom.
Mais rapidement, les relations du frère et de la sœur se dégradent. Un temps favorable à l’union, son frère Henri IV s’oppose, pour des raisons politiques, à son mariage, pourtant d’amour, avec son cousin Charles de Bourbon-Soissons. De santé fragile comme sa mère, Catherine tombe malade. Devant la fureur de son frère, elle doit renoncer à la promesse de mariage qui la liait au comte de Soissons.

La petite sœur se réfugie dans une dévotion totale envers sa religion protestante. Déprimée, n’étant plus que l’ombre d’elle-même, Catherine est contrainte, au titre de la raison d’Etat, de s’unir à Henri de Lorraine, issu de la famille des Guise. Elle a alors 40 ans.

Il fallut une dispense du pape pour que le mariage soit possible entre des personnes de religions différentes. Le 29 décembre 1598,Clément VIII se déclare opposé au mariage.
Ulcéré, Henri IV fait pression sur l’archevêque de Reims afin qu’il accorde une autorisation de mariage. Celui-ci se déroule à Saint-Germain-en-Laye le 31 janvier 1599.
Calviniste convaincue, elle refuse de se convertir. Après son mariage, elle fait même venir des pasteurs calvinistes auprès d’elle alors que son mari, est un très fervent catholique.

Epuisée, elle meurt d’une pleurésie en 1604, à l’âge de 45 ans.

Entouré et formé par les femmes dans son cercle familial, Henri IV, dans sa vie d’homme, est constamment au contact des femmes qui ont, de ce fait, une influence importante sur sa vie.

II/ Les épouses du Roi

La reine Margot

Marguerite de Valois est la fille d’Henri II et la sœur des rois François II, Charles IX et Henri III. Son mariage qui doit sceller la réconciliation des catholiques et des protestants est  marqué, au contraire, nous l’avons vu, par marguerite_de_valois le massacre de la Saint-Barthélemy et la reprise des troubles religieux.

Particulièrement belle, intelligente et cultivée, la princesse a véritablement toutes les qualités pour briller à la cour. Elle est d’abord promise en mariage au fils de Philippe II d’Espagne, l’infant Charles. Les négociations n’aboutissent finalement pas.
L’idée d’une union avec le jeune chef du parti protestant  Henri de Navarre fait alors son apparition. Elle permettrait de réunifier un pays brisé par la scission religieuse. Des négociations que nous avons déjà évoquées s’engagent alors entre Catherine de Médicis et la mère d’Henri, Jeanne d’Albret.
Sans attendre la dispense pontificale indispensable à la fois en raison de la différence de religion et du cousinage des futurs époux, l’union est célébrée le 18 août 1572. La proximité du massacre  de la Saint-Barthélémy a valu au mariage le surnom de « noces vermeilles ».

Au gré des troubles politiques et des frasques conjugales d’Henri, les rapports du couple de Navarre se détériorent, d’autant plus que Marguerite ne parvient toujours pas à être enceinte. Henri multiplie les maîtresses tandis que Marguerite s’adonne elle aussi aux amours ancillaires provocant l’ire du roi.
Rejoignant finalement son mari en Navarre, elle rentre ensuite à la cour avant d’être chassée par son frère, le roi Henri III. Rejetée par son mari et son frère, elle est assignée à résidence au château d’Usson en Auvergne. Elle scandalise une population peu accoutumées aux usages de cour et aux excentricités telles que promenades à dos de chameau ou par anachronisme, ce que l’on nomme au XVIIIè siècle des fêtes galantes.

En 1589, la reine mère, Catherine de Médicis meurt suivie par Henri III, assassiné par un fanatique. Marguerite reprend alors contact avec son mari et nouveau roi Henri IV pour tenter de redresser sa situation financière. Bien qu’à son nom s’attache un lourd parfum d’intrigues et de scandales et que sa stérilité soit avérée, elle sait que le nouveau roi a besoin d’un fils légitime pour consolider son pouvoir.

Mais Henri à l’esprit ailleurs. Il songe à épouser sa maîtresse, Gabrielle d’Estrées malgré le   refus de Marguerite. La mort providentielle de la favorite change la donne. La reconnaissance de nullité du mariage est finalement prononcée, le 17 décembre 1599. Margot conserve son titre de reine tandis qu’Henri IV épouse un an après Marie de Médicis qui 9 mois plus tard assure la descendance de la dynastie capétienne en lui donnant un fils.
De bons rapports peuvent désormais se rétablir entre les deux ex-époux. Après vingt ans d’exil, Marguerite rentre dans les grâces du roi de France mais elle n’est pas encore de retour à Paris. Son cas n’est pas prévu par la coutume, mais sa nouvelle position lui permet de recevoir à Usson de nouveaux visiteurs charmés de la qualité culturelle du lieu et de la générosité de leur hôtesse.

Marguerite est de retour dans la capitale en 1605. Largement dédommagée, elle peut honorablement tenir son rang. Elle se fait bâtir sur la rive gauche de la Seine un magnifique hôtel particulier qui va vite devenir le nouveau rendez-vous des écrivains et des artistes.

Dix ans après son retour en grâces, elle meurt le 27 mai 1615.

La « reine Margot » a fait couler beaucoup d’encre et le mythe d’une femme lubrique et sulfureuse est tenace. La reine possède à la fois beauté, santé, intelligence et énergie. Remarquable latiniste, elle était très cultivée et savait briller en société comme dans les salons littéraires. Son influence est considérable à partir de la fin du XVIIè siècle. C’est au xixe siècle que naît véritablement le mythe de la Reine Margot. On compte parmi les auteurs qui ont le plus contribué à faire de Marguerite un personnage de fiction, Alexandre Dumas, après la parution en 1845 de son roman La Reine Margot.

Les secondes noces, Marie de Médicis

marie-de-medicis1La seconde épouse d’Henri IV est Marie de Médicis, née le 26 avril 1575 à Florence, fille de François Ier de Médicis, grand-duc de Toscane, et de Jeanne, archiduchesse d’Autriche.  Très intéressée par les disciplines scientifiques et les arts, Marie est par ailleurs très dévote. Physiquement, c’est une femme de belle prestance.

Celle que l’on surnomme la petite fiancée de l’Europe est encore célibataire à 27 ans. C’est finalement le roi Henri IV qu’elle épouse le 17 décembre 1600 à Lyon. Ce mariage répond avant tout, pour le roi de France, à des préoccupations dynastiques et financières. En effet, les Médicis, banquiers créanciers du roi de France, promettent une dot d’un montant total de 600 000 écus d’or.

Marie de Médicis est rapidement enceinte et met au monde le dauphin Louis, futur Louis XIII, le 27 septembre 1601, au grand contentement du roi et de son royaume qui attendent la naissance d’un dauphin depuis plus de quarante ans.
Marie continue son rôle d’épouse et donne à son mari une nombreuse progéniture (6 enfants en l’espace de 9 ans).

Très jalouse, elle ne supporte pas ses aventures féminines, et les nombreuses indélicatesses de son époux à son égard. En effet, il l’oblige à côtoyer ses maîtresses, et lui refuse souvent l’argent nécessaire pour régler toutes les dépenses qu’elle entend réaliser pour manifester à tous son rang royal. Des scènes de ménage épiques ont lieu, suivies de périodes de paix relative.

Lorsque Henri IV meurt assassiné par Ravaillac, c’est Marie de Médicis qui assure la régence au nom de son fils, Louis XIII, âgé de seulement 9 ans. En 1615, elle se rapproche de l’Espagne, rapprochement qui se concrétise par le mariage entre Louis XIII, épouse Anne, infante d’Espagne. La politique de la reine provoque néanmoins des mécontentements. D’une part, les protestants s’inquiètent du rapprochement avec l’Espagne catholique. D’autre part, Marie de Médicis tente de renforcer le pouvoir monarchique à l’aide de personnages sulfureux comme Leonora Galigaï, sa compagne de jeux d’autrefois et Concino Concini, l’époux de celle-ci, ce qui déplaît profondément à une certaine partie de la noblesse française. Le 15 mai 1614, la reine convoque les États Généraux à Paris. C’est la dernière fois avant 1789.

Terminant sa vie en disgrâce, elle meurt dans le dénuement le 3 juillet 1642, de la gangrène. Son corps est ramené à Saint-Denis, tandis que son cœur est envoyé à La Flèche, conformément au souhait d’Henri IV qui voulait que leurs deux cœurs soient réunis.

III/ Des maîtresses omniprésentes et parfois très influentes

Gabrielle d’Estrées

D’une beauté éclatante, Gabrielle d’Estrées est surnommée la « presque reine ». Gabrielle d’Estrées devient la favorite d’Henri IV en 1591.

gabrielle-et-henriEn 1590, Paris est assiégé et la population meurt de faim, contrainte de manger des chevaux, des ânes, des chats, des rats, des os broyés.

C’est alors que Roger de Bellegarde, grand écuyer de France, veut présenter sa maîtresse Gabrielle d’Estrées au roi, qu’Henri IV conçoit pour elle une vive passion. Lors de la première rencontre, Henri IV est déguisé en serf. La femme lui assène « vous êtes si laid que je ne peux vous regarder » mais finit par lui céder 6 mois plus tard. Il la marie par souci des conventions à Nicolas Damerval de Liancourt, puis demande à ce que le couple divorce pour la rendre libre, l’appelle à la cour, crée pour elle le duché de Beaufort et comble d’honneurs tous ses parents.

En dépit de tous les usages  et de la raison d’Etat, Henri envisage de se marier avec Gabrielle d’Estrées. Il en est empêché par le Pape Clément VIII, hostile à la répudiation de la reine Marguerite de Valois. La mort de la favorite du roi met un terme au problème. Gabrielle, enceinte de quatre mois du quatrième enfant d’Henri IV, est prise de terribles convulsions. On soupçonne un empoisonnement mais l’hypothèse la plus probable est celle de l’apoplexie foudroyante.

Au lendemain de sa mort, le roi est effondré : « Les regrets et les plaintes m’accompagneront jusqu’au tombeau. La racine de mon cœur est morte et ne rejettera plus… » écrit Henri IV. La belle Gabrielle a droit à des funérailles royales. Fait inédit, le roi porte le deuil en s’habillant tout de noir.

Henriette-Catherine de Balzac d’Entragues
Henriette-Catherine de Balzac d’Entragues née en 1579 à Orléans. Elle rencontre le roi Henri IV en août 1599, quelques mois après la mort de Gabrielle d’Estrées. Henri IV a alors un  véritable coup de foudre pour cette femme de grande beauté. Mais Henriette vise plus haut cath-henr-de-balzacque la place de favorite. Bientôt, sa famille demande à Henri IV de renoncer à Marie de Médicis et d’épouser Henriette. Contre toute attente, le roi signe une promesse de mariage en octobre 1599 précisant qu’Henriette doit pour cela lui donner un héritier d’ici un an. En secret de la jeune femme, Henri poursuit donc les préparatifs de son mariage avec Marie de Médicis. Henriette tombe finalement enceinte du roi mais accouche prématurément en juin 1600 d’un fils mort-né. Le roi annonce alors son union avec « la Florentine». Henriette demeure néanmoins à la cour où elle occupe malgré son rêve de devenir reine, la place de maîtresse officielle. Henri IV l’installe au Louvre et toutes les fêtes sont en son honneur.

Henriette commence par manquer de respect à Marie de Médicis, la ridiculise ouvertement, se considérant comme la véritable reine de France à cause de la promesse de mariage que lui avait faite Henri IV. Celle-ci ne le tolère pas et devient jalouse des enfants d’Henriette. Mais en 1602, le roi apprend que sa favorite et sa famille sont impliqués dans un complot avec l’Espagne : il s’agit de faire en sorte qu’à la mort d’Henri IV, son fils légitimé monte sur le trône à la place du dauphin. Gravement compromis dans l’affaire, François de Balzac et le demi-frère d’Henriette, Charles de Valois (fils de Marie Touchet de Charles IX) échappent de peu à la peine capitale lorsque le roi découvre le complot. Après avoir fait ses excuses au roi, Henriette est pardonnée et retrouve les faveurs de son amant.

Mais en 1609, on présente au monarque une jeune fille de 15 ans, d’une rare beauté et très intelligente : Charlotte de Montmorency. Une fois encore pour le roi, c’est le coup de foudre. Il courtise alors la jeune fille et délaisse Henriette qui tente de rendre jaloux le roi en s’affichant avec de nombreux soupirants. En vain. Lorsque Henri IV est assassiné en 1610, des soupçons sans grands fondements se portent sur Henriette : on la dit complice de Ravaillac. La favorite se serait vengée de son amant qui ne l’a jamais épousée, a refusé son fils comme héritier du trône et l’a délaissée pour la jeune Charlotte. Henriette d’Entragues se fait alors oublier. En 1622, elle fera construire un couvent à Paris où elle finira ses jours. Elle meurt le 9 février 1633 sans s’être jamais mariée.

Charlotte de Montmorency, la presque maîtresse
Charlotte Marguerite de Montmorency est issue de l’une des plus anciennes et des plus illustres familles de France. En 1609, elle entre au service de la reine Marie de Médicis. C’est en répétant un ballet qu’elle éblouit le roi vieillissant. Henri IV a alors cinquante-six ans et Charlotte seulement seize. Mais cela n’arrête pas les ardeurs du roi.
charlotte-marguerite_de_montmorencyIl rompt les fiançailles de la jeune fille avec le marquis de Bassompierre pour lui faire épouser  Henri II de Bourbon-Condé, prince de sang, plus attiré par les plaisirs de la chasse que par les femmes. Henri IV peut ainsi faire la cour à la princesse de Condé.

Mais c’est sans compter sur la jalousie de son mari. Est-ce par orgueil ou par amour, le prince de Condé n’accepte pas cette idylle et quitte la cour entraînant avec lui sa femme en province puis, sous les assauts répétés du roi, à Bruxelles, sous la protection de l’Espagne, grande ennemie de la France.

Pour récupérer sa maîtresse, le roi est prêt à déclencher un conflit arrêté dix ans plus tôt. Alors qu’il se prépare à la guerre, le roi est assassiné. Sa veuve devient régente, Charlotte peut revenir à Paris.

On pense qu’Henri eut plus de cinquante amantes au cours de sa vie. Il tenta aussi de séduire de nombreuses femmes qui refusèrent ses avances. En plus de celles dont nous avons parlé, on peut citer Madame de Sauve (une des femmes utilisées par Catherine de Médicis, pour espionner les gens de la cour). Mlle de Fosseuse, Mlle Esther de Boyslambert, Suzanne de Moulins, Mlle de Tignonville, Mlle Dayelle, Mlle de Rebours, Xaintes, la Comtesse de Graumont, Marie de la Bourdaisiere, Charlotte des Essarts – Comtesse de Romorantin

henri IV marvejols

Henri IV, un personnage dont l’existence est marquée par les femmes. Mère, sœur, femmes et maîtresses, toutes ont joué, chacune dans leur style et à leur place, un rôle ô combien important dans la vie du monarque. Cette relation aux femmes a contribué a écrire les belles pages du mythe d’Henri IV, celle qui fait du souverain le Bon Roi Henri. En l’honneur d’Henri IV, Voltaire écrit en 1728 un poème intitulé La Henriade. Au XIX, après les affres de la Révolution, le siècle romantique pérennisera la légende du Bon Roy Henry, roi galant, brave et bonhomme, jouant à quatre pattes avec ses enfants et grand chantre de la fameuse Poule-au-pot. Plus récemment, l’historiographie contemporaine a rétabli l’image d’un roi qui fut peu apprécié par ses sujets et qui eut beaucoup de mal à faire accepter sa politique. De plus, ses allées et venues d’une confession à l’autre, l’abjuration d’août 1572 et celle solennelle du 25 juillet 1593, lui valurent l’inimitié des deux camps. Avant d’être aimé du peuple, Henri IV fut donc l’un des rois les plus détestés, son effigie brûlée et son nom associé au diable. On ne dénombre pas moins d’une douzaine de tentatives d’assassinat contre lui. Légende noire puis légende dorée ont fait d’Henri IV l’un des rois de France les plus reconnus.

Jean François  Deloustal
Docteur de l’Université Paris IV
Maire adjoint de Marvejols

Illustrations Marie Luxembourg

2012-03 Théophile Roussel n°1

Nous allons proposer tout au long du début de cette année 2012, une série d’articles consacrée aux débuts de la vie rousselde Théophile Roussel (1816-1903) et plus particulièrement sur ses études de médecine, ses débuts en tant que jeune médecin, et sa marche progressive vers un engagement politique car il a été candidat aux élections de l’Assemblée Constituante de 1848 (premières élections au suffrage universel masculin en France) et arriva 11ème sur 42 candidats et fut élu en 1849 à l’Assemblé Législative. Ces articles proviennent de notre mémoire universitaire et ont pour but de montrer comment Théophile Roussel, à travers la médecine, l’approche scientifique des populations et le suivi des individus malades au jour le jour, il en arrive à un engagement politique personnel face à un système et une législation qui semblent datés d’un autre temps et être indignes du progrès « de la science et de la civilisation », expression qui revient en permanence sous sa plume

Ce premier article sera consacré aux premières découvertes en tant que jeune interne des hôpitaux de Paris Il faut rappeler que Théophiletheophile roussel-livre Roussel, s’expatrie tôt de la Lozère pour venir faire ses études sur Paris au collège Stanislas, en 1829, donc à l’âge de 13ans et peu avant l’instauration de la Monarchie de Juillet. Son père étant médecin, il deviendra lui aussi médecin et entre à la faculté de médecine de Paris. Pour cette période, nous n’avons que peu de traces, si ce n’est  un ouvrage manuscrit, où Roussel écrit ses cours, copie à la main des extraits d’ouvrages médicaux, fait des croquis d’une grande qualité. Ceci nous permet ainsi de situer ses années d’études entre 1834-1844[1], de retrouver le nom de ses professeurs et des  auteurs qu’il lit. Nous savons aussi qu’il devient de 1839 à 1840, interne provisoire des hôpitaux de Paris à l’hôpital de la Salpêtrière grâce à ses notessalpetriere manuscrites de suivis de patients qui sont datées, et où il mentionne les services dans lesquels il travaille. Reçu en 1841, interne provisoire, il devient lauréat des hôpitaux de Paris[2] et entre à l’hôpital Saint-Louis où existe un service spécialisé dans les maladies de peau, celui du docteur Gibert. C’est dans ce service  que le cas d’une patiente, entrée le 13 juin 1842 pour un érythème[3] des mains, du visage et du cou, l’intrigue et lui rappelle étrangement une maladie qu’il avait pu observer lors de son voyage en Italie avec son ami Eugène de Rozière, voyage commencé « dans les premiers jours de septembre 1841 » : il s’agit de la pellagre. Il décrit et commente cette expérience dans une courte brochure (Histoire d’un cas de pellagre observé à l’hôpital Saint Louis, Paris , impr. Moquet et Hauquelin, 1842, 19 pages). Nous devons donc garder à l’esprit qu’il s’agit de la version de Roussel, et st-louiscette remarque aura de l’importance quand il s’agira de définir la paternité de la découverte. Roussel, dans cet écrit, emploie donc la méthode suivante : il retrace l’historique de la maladie à travers le récit de la jeune fille, Adélaïde Chenu, âgée de 23 ans à son entrée à l’hôpital, issue d’une famille très pauvre de Seine-et-Marne, puis décrit l’évolution de sa maladie et le délabrement de sa santé jusqu’à son décès le 29 juin à 7h30 du matin pour ensuite fournir le rapport complet de l’autopsie. Persuadé qu’il est face à un cas de pellagre[4], il essaye de convaincre le docteur Gibert, réticent dans un premier temps car ne connaissant pas de visu cette maladie, dont l’existence en France n’est pas encore avérée – nous verrons plus tard à ce propos, la rectification du docteur Gintrac de Bordeaux -, et chaque nouveau symptôme, confirme Roussel dans ses positions. Or, il se trouve que par hasard, le docteur Angelo Dubini de Milan, visitait l’hôpital, et habitué à la pellagre, dont sa ville regorge de cas, il confirme les analyses de Roussel : la parole d’un médecin chevronné valant plus que celle d’un jeune interne, le docteur Gibert se laisse convaincre et l’Académie de médecine nomme une commission dont M. Emery est le rapporteur, pour examiner ce cas. Roussel fait ensuite le parallèle avec les cas de pellagre en Italie qu’il a pu observer lors de son voyage de 1841-1842, donc tout récemment, des entretiens qu’il a eu avec des médecins traitant des pellagreux, afin de prouver qu’il s’agit ici d’un cas typique, et que la maladie n’est pas contagieuse mais héréditaire et endémique en Italie ou en Espagne, mais la patiente est d’origine française : il s’agit donc d’un cas de pellagre en France, plus précisément dans le Bassin Parisien. Cette volonté de prouver le caractère inédit de cette découverte s’explique chez Roussel par cette analyse, à propos du concept de la « découverte », en médecine : « la résistance aux faits nouveaux est un phénomène commun dans l’histoire de la science : la paresse nie parce qu’elle ne veut pas s’enquérir ; l’envie, parce qu’elle n’a pas observé elle-même ; la médiocrité, parce qu’elle ne comprend rien en dehors des faits vulgaires. Il est vrai qu’il y a aussi la résistance des esprits sages ; mais celle-là n’a de rigueur que pour les preuves, et lorsqu’un fait est bien prouvé, elle l’adopte sans peine après l’avoir combattu »[5]. Ainsi, « ce qui pour tout autre aurait été une simple observation, fut pour cet esprit attentif et sagace le point de départ des plus fécondes études » d’après Georges Picot.

Nous tairons ici les détails médicaux, bien que passionnants, car nous voulons montrer en quoi le rôle de Roussel dans cette expérience et ce premier combat, a une visée politique. Notons simplement que les symptômes de la maladie se déclenchent chaque printemps et qu’avant de constater un nouveau cas à l’hôpital Saint-Louis, il a fallu attendre un an : Roussel attend donc patiemment, fait probablement des recherches de son côté mais nous n’avons aucune publication sur ce sujet lors de cette période. Il regrette néanmoins que le monde médical n’ait pas pris au sérieux cette découverte, ne permettant pas en effet d’avoir de nouvelles preuves comme il l’exprime en juillet 1843[6]. Roussel se voit confier par hasard cette publication, en l’absence de l’interne de M. Gibert, M. Bourguignon, une aubaine pour lui. Le nouveau cas s’appelle donc Jean-Denis Lemaître, 58 ans et habite la commune de Belleville ; Roussel applique la même méthode que pour le cas précédent en s’appuyant sur les témoignagerevue-medicales de M. Bourguignon, mais le patient meurt le 6 juillet et le 8, Roussel assiste le docteur Gibert pour l’autopsie. Les différences sont grandes au niveau des symptômes par rapport au cas de la fille Chenu, et dans les détériorations de la peau et dans la perte des facultés mentales, mais il s’agit bien de la pellagre. Un troisième cas se présente un peu plus tardivement dans le service du docteur Devergie, qui souhaite lui-même publié sur ce cas. Après un bref historique de la maladie, Roussel peut, désormais, faire la différence entre la pellagre endémique, qui touche des zones géographiques entières et la pellagre sporadique auxquelles les observations de l’hôpital Saint-Louis appartiennent. Cette prise de conscience  de la part de l’académie font affluer, comme l’avait souhaité Roussel, bon nombre d’études de cas à propos de la pellagre et notamment ceux de M. Gintrac, docteur à Bordeaux, qui demande dans une lettre adressée au directeur de la Revue médicale, M. Cayol, de rectifier, le fait que les observations de M. Roussel sont les premières sur Paris et non en France.

 

Nous verrons dans le prochain article, comment Théophile Roussel à travers ce combat contre la pellagre, se lance dans un véritable engagement vis-à-vis des populations pauvres et déshéritées, combat qui sera celui de toute une vie.

 Cedric Maurin


[1]Sa thèse  « De la pellagre, de son origine, de ses progrès, de son existence en France, de ses causes et de son traitement curatif et préservatif » étant soutenue  et publiée en 1845

[2] « L’année même où l’Académie des Inscriptions lui décernait une médaille d’or au concours des Antiquités nationales (30 juillet 1841), il était reçu comme interne et il méritait au concours le titre de lauréat des hôpitaux »page 7  in Georges, PICOT, Notice historique sur la vie et les travaux de Mr Théophile Roussel, lue dans la séance publique annuelle de l’Académie des sciences morales et politiques du samedi 10 décembre 1904, Paris, impr Firmint Didot, 1904, 76 pages. Nous pouvons recouper cette information en retrouvant ce titre de lauréat dans la chronologie de son parcours pour sa candidature à l’Académie de médecine page 1 in Titres et travaux scientifiques du Docteur Théophile Roussel, Paris, impr. E.Martinet, 1868, ou encore dans l’intitulé de sa thèse au concours d’agrégation de 1847, sur « la valeur des signes physiques dans les maladies du cœur.

[3] Lésion dermatologique la plus courante, consistant en une rougeur congestive de la peau diffuse ou localisée.

[4]  Sur ce qu’est la pellagre et son historique nous renvoyons à l’article de wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Pellagre

[5] N’ayant pu retrouver le texte dans sa pagination originale, mais à travers  un extrait reporté dans les appendices de sa thèse sur la pellagre et que nous avons déjà cité, nous prenons pour référence cet appendice : Théophile, ROUSSEL, op.cit, p. 332

[6] Théophile, ROUSSEL, « Observation d’un nouveau cas de pellagre, dans le service de M. Gibert, à l’hôpital Saint-Louis », Revue médicale française et étrangère, n° de juillet 1843, tome II, pp.342-355